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Ali Soilihi 1975-1978
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Le commun des mortels aux Comores ne connaît Ali Soilihi que comme chef de l'État consécutif au coup d'État du 3 août 1975. L'homme politique est ainsi vu comme un homme totalement neuf, qui n'a rien fait avant. Il est vu à travers la politique qu'il a tenté de mener soit comme un homme sorti du peuple et qui s'est élevé uniquement grâce à son int elligence;à travers l'image que lui ont construit les mercenaires et leurs alliés comoriens comme un bourreau impie.Tout cela semble excessif et peu probable.

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Les historiens ont longtemps tergiversé sur son lieu de naissance, trompé par les documents de l 'administration coloniale , puis par ceux de l'État comorien,qui tantôt prétendent qu'il est né à Chouani tantôt à Ntsoudjini.En fait si on en croit Salim Himidi1 ou Mouzoir Abdallah2, Ali Soilihi est né à Madagascar, et plus précisément dans la ville de Majunga.

¤ Un enfant de notable
Il est né le 7 janvier 1937.Ses parents font partie de ces Comoriens qui ont émigré très tôt vers Madagascar, et il faut savoir qu'en ce temps-là ce n'était pas donné à tout le monde de pouvoir faire un tel voyage.
Sa mère est originaire de la ville de Chouani, au sud de Mitsudje. Son père est un grand notable de la ville de Ntsudjini.
Enfant, il arrive à Ngazidja (Grande Comore) avec son père. Contrairement à ce qui se passe traditionnellement dans la société comorienne, l'enfant est élevé dans la famille du père. Et Mouzaoir Abdallah dit qu'il suit son père, Soilihi Mtsachiwa sur les places publiques.
Dès 1946, son père est élu au Conseil Général qui vient d'être mis en place.Dans cette Assemblée «représentative», les candidats sont des gens influents dans leurs régions, proches des Colons , et dont l'administration coloniale a entièrement confiance. Son père n' était donc pas n'importe qui.C'était un grand notablede Ntsoudjini.Il avait notamment pour ami Jacques Grimaldi, devenu en 1947 Conseiller de la République, représentant des Comores.

¤ Au milieu de l'aristocratie
Ceux qui connaissent la famille prétendent que le père a vendu des terres de la famille pour assurer les études du fils.
C'est à Madagascar que le jeune Ali Soilihi fait ses études. En classe de seconde , il serait renvoyé du lycée pour une raison non encore éclaircie ( témoignage de J . Grimaldi qui évoque une bagarre, alors que Mouzaoir prétend que ce renvoi est consécutif à un retour aux Comores avant la fin de l'année scolaire ) . En tout cas , il occupe à partir de là un poste de secrétaire administratif.
En 1958, à 21 ans, il réussit un concours d'entrée dans le lycée agricole d'Ambatobé (Madagascar). Une fois diplômé, il revient aux Comores et travaille dans l'agriculture pendant deux ans . C'est peut-être à ce moment-là qu'on lui colle l'image du paysan, ce qui ne devait pas lui déplaire,mais qui ne correspond pas tout a fait à la réalité. Dans la liste des Conseillers Généraux,son père est désigné par les termes de « cultivateur » et de « notable ». Cela laisse entendre qu 'il n'est pas un simple paysan , mais une personne qui participe à « l'économie de rente » mise en place dans tous les pays colonisés. Il est sans doute un de ces cultivateurs comoriens qui fou rnissent leurs récoltes aux colons exportateurs. D'où son rapproch- ement avec un colon comme Grimaldi, d'où aussi sa présence dans le Conseil général de 1946 à 1952.
D'ailleurs le jeune Ali Soilihi vit avec les enfants de l'aristocratie des grandes villes, et milite au sein de leur association : Association des Jeunes comoriens (AJC). Selon, Saïd Bacar Saïd Tourqui, au sein de cette association , il tente de mettre en évidence les oppositions entre ceux de Moroni ( les Tourqui, Mouzaoir Abdallah, Ali Mroudjae etc.) qui sont majoritaires et les«provinciaux» (lui-même, Taki,etc).

¤ Un Ingénieur agronome
Il obtient quelques années après un stage du Bureau pour le Déve- loppement de la Production Agricole (BDPA), et part pour la France. Après ce stage dans l'Etablissement d'Enseignement d'Agriculture

CHOUANI HISTOIRE
 
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Tropicale de Nogent (Val-de-Marne), il suit le stage de l'Institut d'Etudes du Développement Economique et Social ( IEDES ). Aucun de ces formations ou stages ne fait d'Ali Soilihi un Ingénieur agronome , comme on a pu l'entendre ici et là . Autrement, il existerait dans ces centres de formation un mémoire par lequel Ali Soilihi aurait pu obtenir le titre d'ingénieur. C'est un titre qu'il obtient par les les fonctions qu'il occupe. C' est pendant sa formation en agriculture à Madagascar et en France quAli Soilihi s'intéresse aux écrits sur la théorie politi que, et notamment au marxisme. Revenu aux Comores, il est nommé Directeur de Société de Développement Économique des Comores ( SODEC ). Il s' intéresse de plus en plus à la paysannerie, et lance une coopérative agricole: le MRANDA qui se transforme peu après en parti politique.
Le 20 août 1967, il est élu pour la première fois Député. Pendant les élections de 1969, son mouvement d'entraide paysanne s'allie avec celui de ses « amis » qui ont créée le Rassemblement du Peuple Comorien (RDPC,avec Mouzaoir,Mroudjaé,Abbas Djoussouf,etc).

Pourtant , après la mort de S.M. Cheikh en 1970 , et son remplacement par Saïd Ibrahim, une élection se déroule pour désigner un Député à l'Assemblée nationale française. L'élection oppose Ali Mroudjaé ( RDPC ) et Mohamed Dahalani ( UDC ). Curieusement , Ali Soilihi et son mouvement soutiennent ce dernier qui est un des barons du clan Cheikh et de la gérontocratie en place depuis 45 Stratégie? Fidélité à une consigne du prince qui cherche l'apaisement avec la puissance du parti vert ? Nous avons peu d'éléments pour juger cet acte.
Apparemment , Ali Soilihi est attiré par le prince Saïd Ibrahim qui face à Saïd Mohamed Cheikh paraît être un progressiste. C' est d'ailleurs Saïd Ibrahim qui lui offre son premier poste de ministr en septembre 1970. Il est alors Ministre de l'Équipement et du Tourisme et le reste dans les gouvernements de Saïd Ibrahim jusqu'à son renversement en juin 1972.

 

¤ Un fin stratège
En 1972, Ali Soilihi n'est plus Ministre mais il se prépare au combat aux côtés de Saïd Ibrahim. Ainsi le MRANDA s'allie au nouveau parti du Prince (UMMA) pour tenter de gagner les élections législatives. Mais Ahmed Abdallah, appuyé par le RDPC gagne ces élections et engage le pays vers l'indépendance. A partir de 1974, au sein du Front national uni ( FNU ), Ali Soilihi retrouve ses anciens amis ( Tourqui , Mouzaoir, Abbas Djoussouf , etc... ) pour contrecarrer les projets d'A. Abdallah. Ils veulent obtenir qu'une constitution soit acceptée par tous les partis avant l'indépendance, afin d'éviter une dictature d'A. Abdallah.

Ils se rendent à Paris pour convaincre les autorités coloniales. Un membre influent du FNU affirme que c'est à ce moment-là qu'il a pris contact avec les réseaux français pour prépa- rer le coup d'État qu'il allait réaliser un mois après l'indépendance le 3 août 1975. Cela se confirme par la présence aux Comores de mercenaires français quelques jours après le coup d'État. Ils aident le régime à capturer Ahmed Abdallah3 réfugié à Anjouan. Par contre c'est Ali Soilihi lui - même et quelques hommes qui mettent fin à la sécession de Mbeni , et capturent Mohamed Taki.
La publication des comptes rendus des Conseils des ministres, nous permet decomprendre qu'Ali Soilihi s'est senti trahi par les dirigeants du Mouvement populaire mahorais avec lesquels il était en bons termes.
Le prince Saïd Ibrahim déclare d'ailleurs de France qu'il soutient le coup d'État d'Ali Soilihi, et que ce coup d'État doit permettre de renouer le dialogue avec la France.
Après le coup d'État , il n'apparaît pas tout de suite que c' est Ali Soilhi qui est à la tête . Il laisse au prince Saïd Mohamed Jaffar la présidence du nouvel État, puis à partir de janvier 1976, il prend officiellement les commandes.
De 1976 à 1978 , il mène la vie d'un Président proche de son peuple, simple (il ne mettait même pas de cravate) et inquiet de parvenir à l'unité nationale et assurer l'autosuffisance alimentaire.
En juin 1978 , c'est encore Bob Denard et ses mercenaires qui avec le feu « vert » de ses chefs renverse Ali Soilihi, et met en place Ahmed Abdallah et Mohamed Ahmed. Ces deux derniers avec un troisième homme d'affaire comorien (Kalfane) ont mis la main à la poche pour financer les mercenaires.
Capturé Ali Soilihi est enfermé, le temps que les commanditaires comoriens du coup d'État décident de son sort. Il est abattu quelques jours après d'une rafale de balles dans le dos, sans doute par un mercenaire. Ils ont raconté qu'il a essayé de fuir. Jacques Grimaldi qu'on a appelé pour reconnaître le corps , parle d'un énorme trou dans le dos . Il en est encore horrifié.

Que n'a-t-on pas inventé et dit sur l'homme Ali Soilihi ? La mythologie a aussi fonctionné dans l'autre sens. Ainsi on a vu Ali Soilihi comme un drogué, un maquereau, un tyran sanguinaire, un impie qui était en permanence avec des prostituées. Le roman de Mohamed Toihiri5 a figé la mythologie. En l'absence de recherches sur l'homme, la mythologie, dans un sens ou dans un autre, continue de fonctionner, car tout Comorien a l'impression de connaître mieux Ali Soilihi que son voisin. Le grand mufti s'est appuyé sur cette mythologie pour dire que le corps d'Ali Soilihi ne devait pas retourner à la terre comme celui de tout musulman. Après son assassinat,il fallait trouver des justifications à l'installations des mercenaires, et au retour des notables au pouvoir. Il fallait faire d'Ali Soilihi un mécréant, l'ennemi de l'islam pour justifier son excécution sommaire. Le corps fut tout de même rapporté à sa famille, et inhumé dans le village de sa mère, à Chouani Hmbou ( Comores ).

 
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